L'importance des soft skills dans les équipes fondatrices : ce que les BAs doivent rechercher

Lorsqu’un BA analyse une opportunité d’investissement, il examine généralement des éléments factuels et quantifiables : marché adressable, traction commerciale, scalabilité du modèle, projections financières. Pourtant, au-delà des chiffres et des métriques, un facteur souvent sous-estimé joue un rôle décisif dans la réussite d’une startup : les soft skills des fondateurs.
Dans l’univers des startups, les compétences techniques et business ne suffisent pas. Construire une entreprise dans un environnement incertain, convaincre des investisseurs, gérer une équipe en pleine croissance et naviguer à travers les crises nécessitent des qualités humaines et relationnelles bien plus déterminantes que l’expertise métier seule.
Pour les investisseurs expérimentés, évaluer les soft skills des fondateurs est un exercice aussi essentiel que l’étude du produit ou du marché. Un excellent concept porté par une équipe incapable de s’adapter ou de gérer des conflits a bien plus de chances d’échouer qu’une startup avec une proposition de valeur moyenne mais une équipe résiliente et pragmatique. Alors, quelles sont ces compétences clés à rechercher ? Comment les identifier et les évaluer avant d’investir ?
1. La capacité d’adaptation : un impératif pour la survie d’une startup
L’un des plus grands mythes de l’entrepreneuriat est qu’une startup doit simplement exécuter une idée brillante pour réussir. En réalité, la majorité des startups pivotent, modifient leur produit, ajustent leur business model et changent de stratégie en fonction des retours du marché et des opportunités.
Un bon exemple est celui de Slack, initialement conçu comme un outil interne de communication pour une startup de jeux vidéo. Après avoir réalisé que leur jeu n’était pas viable commercialement, l’équipe fondatrice a transformé leur solution de chat en une plateforme SaaS désormais utilisée par des millions d’entreprises.
Un investisseur doit donc s’assurer que l’équipe fondatrice ne s’accroche pas aveuglément à son idée initiale et qu’elle est capable d’analyser objectivement ses résultats pour itérer rapidement. Cette flexibilité est un élément-clé de la réussite, et un fondateur trop rigide ou trop attaché à sa vision initiale risque de faire face à des impasses stratégiques. Lors des discussions avec les entrepreneurs, il est pertinent de leur demander comment ils ont réagi aux précédents défis rencontrés, s’ils ont déjà changé d’approche et comment ils interprètent les signaux du marché.
2. L’intelligence émotionnelle et la gestion du leadership
Une startup est un écosystème humain complexe, où les tensions, les doutes et la pression sont omniprésents. Un bon entrepreneur doit être capable de motiver son équipe, d’attirer des talents et de créer une culture d’entreprise qui favorise la productivité et l’engagement.
L’intelligence émotionnelle est un levier majeur de leadership. Elle permet au fondateur de comprendre les besoins et les motivations de son équipe, d’adapter son mode de communication et de gérer efficacement les conflits.
Dans une startup, un leader charismatique mais fermé aux feedbacks peut devenir un facteur de risque, créant un environnement de travail toxique et ralentissant la prise de décisions collectives. Un business angel doit donc être attentif à la manière dont les fondateurs parlent de leur équipe, s’ils valorisent l’opinion des autres et s’ils sont capables de remettre en question leurs propres certitudes.
3. La gestion du stress et de la résilience : l’endurance entrepreneuriale
Créer une startup, c’est vivre dans une incertitude permanente : levées de fonds retardées, problèmes techniques, concurrence agressive, départs de collaborateurs clés… Dans cet environnement, la résilience est une qualité essentielle.
Des fondateurs qui s’effondrent sous la pression ou prennent des décisions impulsives en période de crise mettent en péril leur entreprise. Un investisseur doit chercher des entrepreneurs capables de gérer l’adversité avec lucidité et de maintenir leur motivation malgré les obstacles. Le cas du cofondateur d’Airbnb illustre cette résilience. En pleine crise de 2008, alors qu’Airbnb peinait à attirer des utilisateurs, Chesky et son équipe ont décidé de se lancer dans le design de leurs propres annonces pour améliorer l’attractivité des offres. Cette décision a été un tournant, permettant à la plateforme d’accélérer son adoption et de lever ses premiers fonds.
Lors des échanges avec les fondateurs, un BA peut poser des questions comme :
Quelle a été la période la plus difficile depuis la création de la startup ?
Comment avez-vous surmonté ce défi ?
Quelle est votre approche pour gérer la pression et les incertitudes ?
Les réponses à ces questions permettent d’évaluer la capacité des entrepreneurs à tenir le cap dans la tempête et à faire preuve d’un mental solide.
4. La capacité à bien s’entourer et à déléguer
Un autre piège classique des fondateurs est de vouloir tout contrôler. Pourtant, une startup qui scale doit rapidement structurer son équipe, attirer des experts et permettre à chaque membre de prendre des responsabilités. Les meilleurs entrepreneurs sont ceux qui savent reconnaître leurs propres limites et s’entourer de talents complémentaires. Un CEO qui refuse de déléguer et pense tout savoir mieux que les autres finit souvent par devenir un goulot d’étranglement dans le développement de sa startup.
Lors de l’évaluation d’une startup, un business angel doit chercher à comprendre la dynamique entre les cofondateurs, la manière dont les décisions sont prises et s’il existe une vraie répartition des rôles. Un signal d’alerte est un fondateur qui hésite à recruter des profils seniors ou qui minimise l’importance d’un bon COO ou CTO dans la structuration de l’entreprise.
Pourquoi les soft skills sont un critère d’investissement stratégique ?
Investir dans une startup ne consiste pas seulement à analyser un marché porteur et un bon produit. Les investisseurs expérimentés savent que les fondateurs sont souvent le facteur décisif du succès ou de l’échec d’une entreprise.
Les soft skills (capacité d’adaptation, intelligence émotionnelle, résilience, leadership et aptitude à déléguer) sont des indicateurs puissants de la viabilité d’une startup sur le long terme. Un business angel qui néglige cet aspect prend le risque d’investir dans une équipe qui ne saura pas gérer la croissance, les crises ou les transformations nécessaires.
Lors du processus de due diligence, il est donc essentiel d’accorder autant d’attention aux qualités humaines des fondateurs qu’à leurs compétences techniques ou stratégiques. Une startup avec une équipe fondatrice équilibrée et dotée de solides soft skills aura bien plus de chances de transformer une bonne idée en un succès entrepreneurial durable.